PER pour les chefs d'entreprise et TNS : le levier retraite trop souvent sous-exploité en 2026
Lorsque l'on dirige une entreprise ou que l'on exerce une activité indépendante, préparer sa retraite relève souvent du parcours du combattant. Les régimes obligatoires, notamment pour les Travailleurs Non Salariés (TNS) offrent des pensions nettement inférieures à celles des salariés du privé, parfois de l'ordre de 40 à 50 % du dernier revenu d'activité. Pourtant, il existe un dispositif particulièrement adapté à votre situation : le Plan d'Épargne Retraite individuel (PERin). À la fois outil de constitution d'un capital retraite et levier de défiscalisation immédiat, le PER est encore trop souvent méconnu ou mal calibré chez les dirigeants. En 2026, dans un contexte de taux stabilisés et de tranches marginales d'imposition élevées pour les hauts revenus, il mérite une place centrale dans votre stratégie patrimoniale.
Deux régimes fiscaux à distinguer : article 163 quatervicies (dirigeant assimilé salarié) et article 154 bis (TNS)
Il est essentiel de comprendre que le PER n'obéit pas au même régime fiscal selon votre statut. Cette distinction technique a des conséquences très concrètes sur la manière dont vous versez, sur l'entité qui supporte la charge et sur la nature de la déduction. C'est précisément là que beaucoup de dirigeants se trompent, ou se laissent vendre un produit mal calibré.
Pour un dirigeant assimilé salarié tel qu’un président ou un directeur général de SAS / SASU, les versements sont effectués à titre personnel sur un PER individuel (PERin). Ils sont déductibles du revenu net global imposable du foyer fiscal au titre de l'article 163 quatervicies du Code Général des Impôts. C'est la mécanique « classique » du PER : l'argent sort de votre patrimoine privé, et la déduction se fait sur votre déclaration de revenus, dans la catégorie des charges déductibles du revenu global.
Pour un Travailleur Non Salarié (TNS), gérant majoritaire de SARL ou d'EURL à l'IS, professionnel libéral en BNC, exploitant individuel en BIC : la logique est radicalement différente. Les cotisations sont versées par l'entreprise (ou prélevées sur le résultat de l'exploitation individuelle) et sont déductibles au niveau de l'entreprise, sur le bénéfice professionnel imposable, au titre de l'article 154 bis du CGI. C'est le régime qui prenait autrefois la forme du contrat « Madelin retraite » et qui a été repris dans le PER nouvelle génération via le compartiment dit « PER catégoriel TNS ». Le plafond Madelin de l'article 154 bis est par ailleurs plus généreux que le plafond personnel : il combine 10 % du bénéfice imposable dans la limite de 8 PASS, et un supplément de 15 % sur la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS.
En pratique, un même dirigeant peut cumuler les deux dispositifs s'il combine plusieurs casquettes (ex : gérant majoritaire qui ouvre également un PERin personnel pour défiscaliser des revenus fonciers ou de capitaux mobiliers), mais les enveloppes restent juridiquement distinctes et les plafonds ne se confondent pas.
Pourquoi le PER est particulièrement puissant pour un dirigeant
Le principe reste le même quel que soit le régime applicable : les sommes versées viennent réduire une base imposable, générant une économie d'impôt proportionnelle à votre tranche marginale (TMI) — soit la TMI personnelle pour le PERin via l'article 163 quatervicies, soit l'économie d'impôt sur les sociétés pour le PER TNS via l'article 154 bis.
Prenons un exemple concret côté dirigeant assimilé salarié. Vous êtes président de SAS, imposé personnellement à la TMI de 41 %, et vous envisagez de verser 20 000 € sur votre PER individuel. Le versement est effectué à titre personnel, sur votre PERin, et déduit de votre revenu global imposable au titre de l'article 163 quatervicies du CGI. L'économie d'impôt immédiate s'élève à 8 200 € (20 000 € × 41 %). Votre effort d'épargne réel n'est donc que de 11 800 € pour un capital placé de 20 000 €.
Ce versement de 20 000 € n'est déductible qu'à condition que votre plafond personnel de déduction PER vous le permette. Ce plafond calculé sur vos revenus professionnels de l'année précédente, figure en bas de votre dernier avis d'impôt, sous la rubrique « Plafond Épargne Retraite ». Mais attention : ce montant pré-renseigné par l'administration n'est qu'indicatif et doit impérativement être contrôlé. Il omet régulièrement les reports des années antérieures , ne tient pas toujours compte des cotisations déjà versées sur un PER d'entreprise (article 83 ou PERO), et peut être faussé si vous avez changé de statut en cours d'année. C'est précisément ce travail de vérification qui conditionne la pleine efficacité fiscale de l'opération.
Côté TNS, le raisonnement est inverse : ce n'est pas vous qui défiscalisez sur votre déclaration d'IR, mais bien votre entreprise qui inscrit la cotisation en charge déductible du bénéfice. L'économie générée se mesure alors en impôt sur les sociétés évité (15 % ou 25 % selon la tranche du bénéfice) et en moindre rémunération. Le calcul d'opportunité n'est donc pas le même, et c'est précisément pour cela qu'un arbitrage statutaire et patrimonial s'impose en amont.
Les plafonds de versement en 2026 : un levier à ne pas négliger, et une nouveauté importante
En 2026, avec un PASS établi à 48 060 €, un TNS affichant un bénéfice de 150 000 € peut théoriquement déduire plus de 35 000 € par an au titre de l'article 154 bis. Côté PERin (article 163 quatervicies), si vous n'avez pas utilisé vos plafonds des années précédentes, ceux-ci restent disponibles et peuvent être cumulés à votre plafond de l'année en cours. C'est ce que l'on appelle le report des plafonds non utilisés — un mécanisme précieux lors d'une année de bénéfices exceptionnels, d'une prime de cession, ou d'une plus-value mobilière.
Nouveauté 2026 : la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) a porté la durée de report des plafonds non utilisés de 3 à 5 ans. Mais attention, la mesure n'est pas rétroactive : seuls les plafonds constatés à compter de 2026 bénéficient du report sur cinq années. Concrètement, votre plafond 2026 non consommé sera reportable jusqu'en 2031, alors que votre plafond 2025 reste, lui, soumis à l'ancienne règle et expirera en 2028. Cette règle transitoire mérite une attention particulière dans le pilotage pluriannuel de votre stratégie de versement, en particulier si vous prévoyez de capitaliser des plafonds en vue d'une opération exceptionnelle (cession d'entreprise, perception d'un dividende important).
Autre nouveauté de la loi de finances 2026, plus restrictive cette fois : les versements effectués sur un PER après 70 ans ne sont plus déductibles du revenu imposable. Le contrat reste alimentable, mais sans avantage fiscal à l'entrée. Pour les dirigeants qui envisagent de prolonger leur activité au-delà de cet âge, ce paramètre doit être intégré dans la stratégie de versement.
Autre point trop souvent oublié pour le PERin : la mutualisation du plafond avec votre conjoint. Si l'un des deux conjoints n'a pas ou peu de revenus professionnels, il est possible de lui rattacher une partie de votre plafond de déduction. Cette mécanique bien utilisée permet à un couple de piloter finement son enveloppe globale et d'éviter qu'une partie du plafond reste non employée. À noter : cette mutualisation n'existe pas pour le plafond Madelin de l'article 154 bis, qui reste strictement attaché à l'entreprise et au dirigeant qui en perçoit le bénéfice.
Sortie en capital, en rente ou mixte : un vrai choix stratégique
Contrairement aux anciens contrats Madelin dont il a pris la succession, le PER offre une flexibilité considérable au moment du départ en retraite. Vous pouvez choisir de récupérer votre épargne en capital (en une fois ou de manière fractionnée), en rente viagère, ou combiner les deux. Ce choix n'est pas anodin : il a des conséquences fiscales importantes et doit être anticipé plusieurs années avant le départ.
Une sortie en capital est souvent préférée lorsque vous avez un projet concret (remboursement de crédit, acquisition d'un bien, transmission), tandis que la rente viagère sécurise un complément de revenu à vie. Pour un dirigeant qui a par ailleurs cédé son entreprise et perçu un prix de cession, un panachage intelligent entre les deux modes permet de lisser la fiscalité et de préserver une partie de son capital pour une transmission familiale.
Les points de vigilance à connaître avant de souscrire
Le PER n'est pas sans contreparties, et il convient d'en maîtriser les limites. Première vigilance : les sommes placées sont en principe bloquées jusqu'à votre départ en retraite, hors cas exceptionnels prévus par la loi (achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, expiration des droits au chômage, liquidation judiciaire). Il ne faut donc y affecter que de l'épargne dont vous n'aurez pas besoin à moyen terme.
Deuxième point d'attention : la fiscalité à la sortie. En cas de sortie en capital, la part correspondant aux versements déduits est réintégrée au barème progressif de l'impôt sur le revenu, tandis que les gains subissent le PFU à 30 %. Un arbitrage s'impose donc : si vous êtes imposé à 41 % aujourd'hui et que vous prévoyez d'être à 30 % à la retraite, l'effet de levier est excellent. À l'inverse, si votre TMI à la retraite reste très élevée, le gain fiscal net peut être plus modeste qu'il n'y paraît.
Troisième erreur fréquente : la gestion financière. Beaucoup de contrats proposés en banque classique présentent des frais élevés et une allocation par défaut peu performante (gestion pilotée trop prudente, sous-exposition aux actions). Sur un horizon long, cette médiocrité de gestion peut coûter plusieurs dizaines de milliers d'euros à l'arrivée. Le choix du contrat et de ses supports n'est donc pas un détail.
Construire votre stratégie PER sur-mesure
Chaque dirigeant a une situation unique : structure juridique (EURL, SAS, SARL, profession libérale), niveau de rémunération, horizon de retraite, projets de cession, situation familiale et patrimoniale. Un PER bien calibré se construit en cohérence avec votre bilan patrimonial global, votre fiscalité de l'année, vos projets à 5, 10 ou 20 ans et votre tolérance au risque.
Chez Roc Blanc, nous accompagnons chefs d'entreprise et professionnels indépendants dans l'analyse de leur régime de retraite obligatoire, la projection de leur pension future, et l'arbitrage entre les différentes solutions complémentaires : PER, contrat article 83, assurance-vie, immobilier locatif, placements financiers. L'objectif n'est pas de vendre un produit, mais de bâtir une architecture patrimoniale adaptée à votre réalité.
Si vous souhaitez faire le point sur votre stratégie retraite et vérifier que votre PER (ou son absence) est bien calibré pour votre situation, n'hésitez pas à nous contacter. Un rendez-vous préalable de 30 minutes permet généralement d'identifier les premiers leviers d'optimisation. Rendez-vous sur www.rocblanc.fr pour prendre contact.
Roc Blanc — Conseil en gestion de patrimoine indépendant 📧 contact@rocblanc.fr —
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